Elizabeth II et la France

En ce 8 juin 2014, Elizabeth II prononce son dernier discours en terre de France. Dans la grande salle des fêtes du palais de l’Elysée, elle brille par son français parfait, son élégance et son charisme. Cette République qui a fait couper la tête de son roi est fascinée par la figure de cette monarque de 90 ans. Son histoire d’amour avec le pays de Molière est d’ailleurs née bien avant son accession au trône.

 

La rencontre d'Elizabeth avec les Français

Elizabeth et Philip sont mariés depuis six mois seulement lorsqu’ils traversent la Manche pour la première fois le 14 mai 1948. Celle qui n’est encore que princesse effectue son premier voyage officiel à l’étranger en représentant son père George VI. Le but de ce voyage ? Confirmer les liens diplomatiques entre la France et le Royaume-Uni au lendemain de la Seconde guerre mondiale. Personne ne le sait encore, mais la princesse est enceinte du prince Charles lorsqu’elle rencontre le Président Vincent Auriol.

Les Français s’écrient « vive la Reine ! » alors qu’elle se rend à l’opéra Garnier pour une soirée de gala. Etonnée, la princesse se demande « mais comment le peuple français a-t-il pu guillotiner son roi ? ». Rien n’est trop beau pour l’héritière à la Couronne britannique. Au programme : dîner à la Tour d’Argent, réception à l’Elysée, visite du château de Versailles et visite de l’exposition « huit siècles de vie britannique à Paris » au musée Galliera. Elle assiste enfin à un concert de Henri Salvador et Edith Piaf dans un night-club de la rue Pierre Charon. Cette visite marque profondément Elizabeth. En elle, se confirme cette francophilie qui l’habitera toute sa vie.

Cet amour de la culture française naît bien avant ce voyage. Sa mère, Elizabeth Bowes-Lyon, est elle-même très attachée à la France. Elle choisit pour l’éducation de ses filles, une nanny belge qui leur apprend dès l’enfance le français. Mère et filles aiment aussi converser en français pour se transmettre des secrets.

 

Ses premières visites d'Etat en France

Elizabeth monte sur le trône de Grande-Bretagne en 1952. Cinq ans plus tard, elle effectue son premier voyage officiel en France en tant que souveraine. Le couple royal arrive à Paris le 8 avril 1957 pour une visite d’Etat de quatre jours. Vincent Auriol a été remplacé par René Coty à la tête de l’Etat français. Comme son prédécesseur, le Président veut éblouir la jeune reine et son époux. Il faut alors faire oublier le fiasco de la crise du canal de Suez un an plus tôt. Il organise une somptueuse réception dans la Galerie des glaces de Versailles. Là où 100 ans plus tôt, la reine Victoria avait été reçue par l’empereur Napoléon III. Le dîner de gala dans la salle des Cariatides du Louvre est l’autre grand moment de cette visite historique. La reine hypnotise les Français qui sont là encore au rendez-vous pour l’accueillir. Une croisière sur la Seine ponctuée de tableaux vivants qui racontent l’histoire de France vient chapoter ce voyage.

Après des années de négociations qui se sont fluctuées par deux oppositions de Charles de Gaulle, le Royaume-Uni est sur le point d’entrer dans l’Union européenne. La reine est dépêchée pour une opération de charme diplomatique dans toute l’Europe. C’est ainsi qu’elle effectue sa seconde visite d’Etat en France en mai 1972. Pour Elizabeth II et le Président Georges Pompidou, il s’agit de renforcer l’alliance franco-britannique. Il fait plaisir à la reine en organisant des courses hippiques à Longchamps avant de se tourner vers Versailles. L’ancien palais des Bourbon est une nouvelle fois habité par une tête couronnée. Elle profite de sa présence à Paris pour rendre visite à son oncle le duc de Windsor qui est au soir de sa vie.

 

Les vacances françaises de la reine

En 1967, la reine souhaite s’accorder du temps pour elle. Voilà quinze ans qu’elle a succédé à son père. Pour cette grande passionnée d’équitation, des visites de haras sont le passe-temps idéal. C’est ainsi qu’elle passe trois jours en Normandie pour visiter les principaux haras de la région comme le haras national du Pin, le haras du Mesnil ou encore le haras de Meautry qui appartient au baron Guy de Rothshild. Elle passe alors ses nuits au château de Sassy situé près d’Alençon. Interpelée par les Normands qui s’écrient « vive la Reine ! », elle s’arrête devant un jeune homme et lui répond « Non, ici c’est vive le Duc. » Et oui, on l’oublie souvent, mais Elizabeth II est aussi duc de Normandie, un titre qui lui permet de régner sur les Îles anglo-normandes.

En 1979, la reine s’accorde une nouvelle fois des vacances privées françaises. Mais cette fois, elle opte pour des visites touristiques express. Elle se rend d’abord dans l’ancien domaine de chasse de François Ier Chambord, avant d’être guidée par Madame Giscard d’Estaing au château de Chenonceau. Après la Loire, elle se rend en Bourgogne pour visiter le château d’Epoisses, les hospices de Beaune et la basilique de Vézelay.

 

Elizabeth II et François Mitterrand, une amitié inatendue

1992 est une année importante pour la reine. Six mois avant que le château de Windsor soit victime d’un incendie, elle se rend à Strasbourg pour prononcer un discours devant l’hémicycle comble du Parlement européen. Elle part ensuite pour Paris pour effectuer une nouvelle visite d’Etat auprès de François Mitterrand. Alors que le monde vient d’assister à la chute de l’URSS, il est temps de renforcer l’Entente cordiale. C’est dans ce contexte que François Mitterrand prévoit un programme chargé de visites comme la découverte de sa toute nouvelle pyramide du Louvre. Après Paris, Elizabeth II se rend à Blois pour visiter le château à l’invitation du ministre la culture Jack Lang. Elle termine son voyage français à Bordeaux, ancienne possession anglaise au Moyen-Age.

Le 6 mai 1994, le Royaume-Uni n’est officiellement plus une île. La reine et François Mitterrand se retrouvent à nouveau pour inaugurer le tunnel sous la Manche lors de deux cérémonies qui se déroulent en France et en Angleterre. Elle termine alors son discours par cette formule : « Le peuple français et le peuple britannique, aussi différents soient-ils, se complètent bien, mieux sans doute qu’il n’y paraît à première vue. » Un mois plus tard, elle retourne en Normandie pour les 50 ans du Débarquement.

 

Des voyages en France au service de la mémoire

Le 11 novembre 1998, elle est invitée pour la cérémonie des 80 ans de l’Armistice de 1918 organisée par Jacques Chirac. Ensemble, ils inaugurent une statue de Winston Churchill sur les Champs-Elysées après avoir déposé une gerbe sur la tombe du Soldat Inconnu.

Six ans plus tard, elle revient en France pour marquer le centenaire de l’Entente cordiale en prenant pour la première fois l’Eurostar. Cette visite d’Etat de trois jours est une nouveauté pour elle. Elle se promène dans la rue Montorgueil et se risque à un bain de foule. En plus de cela, elle prononce un discours en français devant le Sénat.

Elizabeth II a servi dans la branche féminine de l’armée britannique pendant la Seconde guerre mondiale. A ce titre, elle n’a jamais manqué les grands anniversaires du Débarquement de Normandie. Les 70 ans du Débarquement sont alors l’occasion pour elle d’effectuer son dernier voyage en France. Après avoir assisté à la cérémonie officielle avec tous les grands chefs d’Etat du monde, elle se rend à Paris pour être reçue à l’Hôtel de Ville et à l’Elysée. Aux côtés de François Hollande et de Anne Hidalgo, maire de Paris, elle inaugure un marché aux fleurs sur l’île de la Cité qui porte désormais son nom. Cette dernière visite permet de graver à jamais l’histoire d’amour entre la France et la reine.

 

Elizabeth II et les présidents français

Mais en dehors de ses voyages français, Elizabeth II a reçu tous les présidents de la Ve République en son royaume. Avec ces présidents, elle a su tisser des liens étroits. Mais l’entente entre les chefs d’Etat de ces deux pays a parfois été uniquement cordiale. Elle a jugé Valéry Giscard d’Estaing et Georges Pompidou trop hautains. Elle n’apprécie pas non plus la bonhommie de François Hollande. Mais elle fut admirative de la prestance de Charles de Gaulle. Elle apprécia particulièrement l’élégance du couple Sarkozy. Elle fut surprise par la simplicité de Jacques Chirac. Mais c’est avec François Mitterrand qu’elle a créé une réelle amitié avec cet homme cultivé qui partageait bien des passions avec elle.

Avec ses nombreuses traversées de la Manche, Elizabeth II a su entretenir avec brio sa francophilie. Et les Français le lui rendent bien. Plus que jamais populaire dans l’Hexagone, Elizabeth II est bien plus que la reine du Royaume-Uni. Elle est la reine de cœur des Français.