La famille royale et les châteaux de la Loire

Le souverain britannique en terre de France. Voilà une vision qui paraît impensable et qui pourtant s’est répétée à mainte reprise. Les Windsor sont sans aucun doute l’une des familles royales les plus francophiles. Depuis la reine Victoria, ils ont tous osés franchir la Manche pour des visites officielles ou privées en France. Mais s’il y a bien une région française qu’affectionne particulièrement la famille royale britannique, c’est bien le Val de Loire. Terre des rois de France, les châteaux de la Loire ont su retrouver pendant un temps leur lustre royal d’antan dressé en l’honneur de leurs hôtes britanniques.

Retour sur les visites de la famille royale entre les murs des châteaux de la Loire.

 

Edward VII, premier incorruptible du Val de Loire

870x489 870x489 800px chateau de chaumont sur loire entree principale 01Le fils de la reine Victoria possède une réputation de très grand francophile depuis son plus jeune âge. Alors qu’il était encore prince de Galles, il séjourne régulièrement en France pour apprécier l’art de vivre à la française. Grand amoureux de Paris, il aime aussi profiter du soleil et des plaisirs de la Côte d’Azur. Mais ce ne sont pas les seules régions appréciées par le prince de Galles.

Le prince et la princesse Henri-Amédée de Broglie sont de proches amis de l’héritier de la Couronne britannique. Ce couple d’aristocrates qui vit une vie mondaine à la hauteur de celle du prince de Galles est aussi l’heureux propriétaire du magnifique château de Chaumont-sur-Loire. L’imposante demeure est le théâtre de nombreuses réceptions données par le prince de Broglie où participe régulièrement le futur Edward VII. Devenu roi, il continue à séjourner à Chaumont notamment en 1908. Resté fidèle aux Broglie, le roi n’a pas hésité à montrer son attachement au domaine en participant à maintes reprises aux fêtes des Broglie.

Edward VII devient ainsi le premier monarque anglais à se rendre dans le Val de Loire. Ses visites à caractère privé ont permis d’ouvrir une nouvelle passion pour les Windsor, celle des châteaux de la Loire.

 

Le château de Candé et le scandaleux mariage d’Edward VIII et de Wallis Simpson

870x489 copyright cecil beaton victoria and albert museumEdward VIII monte sur le trône de Saint Edward le 20 janvier 1936. Le nouveau roi est un homme peu soucieux de ses obligations, préférant de loin les événements mondains et les réceptions. Mais ce n’est pas le seul défaut du monarque. Edward est amoureux de Wallis Simpson, une Américaine bientôt doublement divorcée. La société britannique des années 30 respecte encore les mœurs de l’époque victorienne. A leurs yeux, une reine-consort idéale est une Britannique aristocrate, anglicane et vierge. Wallis Simpson ne coche aucune de ces cases. Par conséquent, la famille royale et le gouvernement lui laisse le choix : la Couronne ou Wallis. Ce sera Wallis. Edward VIII abdique le 11 décembre de la même année et laisse le trône à son frère cadet qui devient George VI.

George VI les fait duc et duchesse de Windsor mais refuse d’octroyer à Wallis le prédicat d’Altesse royale. En plus de cela, il les condamne à l’exil, ne pouvant poser les pieds en Grande-Bretagne que par invitation du souverain.

1280px chateau de cande signature windsorEdward choisit d’abord la France comme terre d’exil. Aussitôt l’abdication prononcée, il ne pense qu’à une chose : épouser sa chère Wallis. Son ami franco-américain Charles Bedos lui propose alors son château de Candé pour organiser l’événement. Après une brève visite de Wallis, le couple accepte de se marier dans ce vaste domaine situé près de Tours. Wallis est sous le charme de ce petit château de caractère. L’union d’Edward et Wallis a lieu le 3 juin 1937. Les caméras sont conviées pour l’événement et enregistrent des images qui feront le tour du monde. Le couple choisit même le célèbre photographe de cour Cecil Beaton pour figer à jamais le plus beau jour de leur vie. George VI interdit à tous les membres de la famille royale d’assister au mariage. La cérémonie civile se déroule dans la bibliothèque alors que la cérémonie anglicane a lieu dans le salon de musique.

Sitôt le repas de noces terminé, le couple part du château pour se réfugier à Venise. Mais avant de partir, le couple a laissé une trace dans les murs de Candé, ou plutôt le bois. Charles Bedos met à leur disposition un appareil de pyrogravure qui leur permettent de laisser leurs signatures dans le bois de la bibliothèque. Mais Candé ne connaîtra jamais plus d’autres visites royales après cette journée particulière qui lui a tout de même permis de connaître une publicité mondiale.

 

Le tour de Loire de Queen Mum

La reine-mère et la France, voilà une histoire d’amour qui ne date pas d’hier. Et pour cause, avant même son mariage avec le futur George VI, la jeune aristocrate écossaise Elizabeth Bowes-Lyon voue une véritable admiration pour le mode de vie à la française. Elle parle d’ailleurs français à la perfection. A l’accession au trône de son époux en 1936, son premier voyage officiel en tant que reine-consort se déroule en France. Lorsqu’elle devient reine-mère à la mort de George VI, son amour pour la France ne s’estompe pas.

Les visites privées de la reine-mère dans l’Hexagone s’accumulent au cours du temps. Elle visite la Bourgogne ou encore la Normandie à de nombreuses reprises. Le Val de Loire et ses nombreux châteaux ne restent pas dans l’ombre. Queen Mum atterrit à Tours en avril 1963. L’objectif de la reine-mère est clair. Elle souhaite visiter les plus célèbres monuments du Val de Loire en trois jours seulement.

 

La reine-mère au château de Cheverny

Queen Mum est d’abord accueillie au célèbre château de Cheverny par le marquis Philippe de Vibraye qui lui offre un déjeuner avant de lui faire visiter le domaine. La spécialité du domaine de Cheverny est la chasse à courre. Le marquis de Vibraye a donc tout naturellement tenu à lui présenter les chasseurs du domaine qui leur ont fait une démonstration de leur talent devant la façade du château, à dos de cheval, et entourés de leurs très nombreux chiens. Après Cheverny, Queen Mum se rend à Villandry. Dans ce splendide domaine, elle découvre la beauté de ses jardins au côtés de M. et Mme François Carvallo, les propriétaires de l'époque.

Sur les traces des Plantagenêt

Après Villandry, la reine-mère se rend à Chinon où elle visite la cité médiévale et l’ancienne forteresse royale. C’est entre ces murs que le roi Henri II Plantagenêt a rendu son dernier souffle en 1189. Tel un pèlerinage, Queen Mum débute ainsi un véritable voyage de mémoire pour l’une des plus grandes dynasties anglaises.

A seulement quelques kilomètres de l’abbaye de Fontevraud, elle ne pouvait manquer la visite de ce lieu si attaché à l’histoire britannique. Accueillie par le préfet de Maine-et-Loire, la reine découvre avec un large sourire l’imposant monument. Elle entre dans l’immense nef de l’abbatiale qui a la particularité d’abriter des gisants, et pas n’importe quels gisants. C’est à Fontevraud que reposent les rois d’Angleterre Henri II et Richard Cœur de Lion, Aliénor d’Aquitaine mais aussi Isabelle d’Angoulême, l’épouse de Jean Sans Terre.

Arrivée devant les gisants colorés, la reine-mère se recueille pendant de longues minutes devant ces anciens monarques d’Albion qui ont marqué durablement l’histoire britannique. A ses yeux, Elizabeth Bowes-Lyon ne pouvait quitter le Val de Loire sans rendre un hommage solennel à ses prédécesseurs qui ont permis d’offrir à l’Angleterre une place de choix sur la scène politique européenne. Elle demeure à l’heure actuelle, l’unique souveraine britannique à s’être rendue à Fontevraud après les Plantagenêt.

Une nuit au château d’Artigny

Queen Mum se rend ensuite au château d’Artigny, situé dans la commune de Montbazon. L’ancienne demeure du parfumeur François Coty est devenue un hôtel 4 étoiles en 1959. Son style classique, au beau milieu d’un jardin à la française, en fait un château presque royal, digne d’accueillir une hôte de son rang. Accueillie par le propriétaire du lieu, René Traversac, elle passe une nuit dans la demeure avant de visiter le château de Chambord et les fabuleux jardins de Villandry. Ainsi s’achève une visite touristique historique de la reine-mère dans le Val de Loire qui a su marquer les esprits mais aussi le cœur de la reine.

Elizabeth II et les châteaux de la Loire, une love story royale

Comme sa mère, Elizabeth II est une véritable francophile. Grande amoureuse des chevaux, elle aime se rendre régulièrement en Normandie pour visiter les plus grands haras du pays. Mais la reine n’est pas seulement passionnée par les chevaux français. Tout ce qui concerne la France l’intéresse, en particulier son patrimoine. C’est donc tout naturellement qu’elle a tenu à visiter les fabuleux châteaux de la Loire.

 

Gettyimages 857840724 1024x1024Elizabeth II à Chambord

Nous sommes en 1979, le temps d’une journée, la Loire retrouve son caractère royal d’antan. Elizabeth II atterrit à l’aéroport de Tours le 24 octobre pour une journée de visite touristique privée. La reine souhaite se rendre dans deux des plus célèbres châteaux royaux français. Tout d’abord, elle visite le château de Chambord. Le magnifique domaine de François Ier représente toute la puissance de ce monarque qui avait défié Henri VIII d’Angleterre. Arrivée à 12h30, un dîner est organisé dans la salle des Chasses de François Ier. Puis, une visite guidée est organisée par l’administrateur du domaine, Geoffroy Chancerelle de Roquancourt-Keravel. La reine est enchantée par les merveilles de Chambord. Mais cette visite est éclair. Dans l’après-midi, elle se rend à Chenonceau.

 

Le château des Dames accueille de nouveau une reine

Le château des Dames accueille une nouvelle reine venue de l’autre côté de la Manche. Le décor fastueux et délicat du château construit sur un pont éblouis la souveraine. Elle est particulièrement admirative de la chambre des Cinq Reines qu’elle découvre au côté des propriétaires Jean-Louis et Pauline Ménier, et le conservateur de l'époque, Bernard Voisin. Une fois sa visite terminée, elle part à Paris passer une nuit dans l’ambassade britannique avant de rentrer à Londres en toute discrétion. Elizabeth II n’oubliera pas la beauté des châteaux de la Loire qu’elle a à cœur de découvrir davantage.

 

5e8d1c8b9a816377258b45f3Blois, la visite royale historique

Treize ans plus tard, elle découvre le château de Blois au côté du nouveau maire de la ville Jack Lang. Pour l’accueillir comme il se doit, François Mitterrand a bien voulu prêter à Jack Lang l’une de ses Maserati. Elle passe ainsi dans une ville bondée par des Blésois qui scandent « Vive la reine ! ». Elle traverse à pied en souriant la place Saint-Louis avant de faire son entrée dans le château sous la statue triomphante de Louis XII. Elizabeth II suit avec attention les explications du maire et du conservateur du château. A la bienvenue souhaitée par Jack Lang, la reine répond « Une visite en France n’est jamais parfaite si elle ne passe pas par la Loire. Les attentions chaleureuses de ses habitants et la beauté de ses paysages resteront longtemps gravées dans mon cœur ». Cette visite est un triomphe. Pendant de longues années, de nombreux goodies sont vendus par le château et la ville aux touristes pour commémorer cette visite royale.

 

Charles et Diana, une visite princière en terre royale

Gettyimages 180975567 612x612S’il y a une visite officielle en Val de Loire qui a marqué les esprits, c’est bien celle accomplie par le prince Charles et la princesse Diana en 1988. Sept ans après leur mariage, Charles et Diana sont devenus le couple star du gotha. Cette année-là, ils représentent la reine en France. La passion du prince de Galles pour l’architecture n’est pas inconnue. Il ne pouvait venir en France sans découvrir au moins deux châteaux de la Loire, ces merveilles symboles de la Renaissance.

C’est donc vers l’un de ses plus célèbres représentants que le couple se tourne. Arrivés à Chambord, ils sont accueillis par Jack Lang, ministre de la Culture, et Christian Mary, propriétaire du domaine. Incollable sur François Ier et Léonard de Vinci, Charles boit avec passion les informations données par l’historienne Monique Chatenet pendant sa visite privée. Quant à Diana, son regard bleu azur semble rempli d’ennui.

Un peu plus tard, ils partent pour Blois où ils sont accueillis par le maire de la ville Pierre Sudreau. En admiration devant la beauté des châteaux de la Loire, le prince Charles lance à Sudreau « Je comprends mieux désormais, pourquoi la guerre de 100 ans a duré aussi longtemps ! ». Après avoir signés le livre d’or de la ville, ils traversent les rues noires de monde pour se rendre à Chenonceau. Là, le couple pose fièrement devant la batisse imposante avant de la visiter au côté du propriétaire des lieux.

Pour fêter dignement la venue du couple princier sur les terres des rois de France, Jack Lang organise le soir une réception au château de Chambord. Parmi la centaine d’invités, la princesse Caroline de Monaco rayonne au point de faire passer Diana au second plan. Avec un regard absent, la princesse de Galles se renfrogne sur son assiette d’huîtres glacées et de pigeonneau farci, tandis que le prince Charles déguste sans rancune un Chinon 86.

Queen Mum et Charles, les inconditionnels du Val de Loire

La Lorie, quand la passion équestre attire la famille royale

Les années 80 n’ont pas vu seulement Charles et Diana dans le Val de Loire. La reine-mère est véritablement tombé amoureuse de cette terre où le climat et le patrimoine forment un art de vivre particulièrement agréable. En mai 1981, elle est invitée par son amie la marquise de Saint-Genys à séjourner dans son fabuleux domaine de La Lorie. Situé au cœur de l’Anjou, le château avait déjà accueilli au XVIIIe siècle le plus célèbre politicien de son temps William Pitt. L’histoire franco-britannique de La Lorie ne date pas d’hier. La reine-mère a particulièrement apprécié les prairies de La Lorie où se déroulent des courses hippiques. Avant la reine-mère, la marquise avait déjà accueilli la princesse Anne en 1963 venue, comme elle, apprécier les courses hippiques de La Lorie.

 

Serrant, le cadre buccolique d'un magnifique domaine

Après La Lorie, Queen Mum se tourne vers le château de Serrant. Pendant trois jours, Elizabeth Bowes-Lyon est reçue par le prince et la princesse de Ligne La Trémoïlle avec qui elle profite du parc paysager. Pendant son séjour, elle occupe les appartements de la princesse qu'elle a bien voulu lui prêter. Il s’agit d’un ensemble somptueux composé d’une chambre spacieuse décorée de superbes meubles du 18e siècle, d’un lumineux salon d’habillage datant de la Belle Epoque et d’une salle de bains. La reine assiste même à une messe en l'église Saint Georges de Loire. Pour l'accompagner, la reine est arrivée avec à ses côtés Lady Fermoy, la grand-mère maternelle de la princesse Diana. De son passage à Serrant, la reine-mère a laissé le souvenir d'une personne affable, gentille et agréable. 

117118110 582650835750312 1776036889086212376 nBrissac, sous les dorures du plus haut château de France

En 1981, le séjour de Queen Mum dans la Loire dure trois jours. Pendant ce cours séjour, elle souhaite avant tout rendre visite à ses amis français. Parmi eux, François de Cossé, comte de Brissac, l'attend avec impatience au coeur de son splendide domaine. Le château de Brissac n'est rien d'autre que le plus haut château de France avec ses quelques six étages par endroits. Accueillie par le comte, la reine-mère s'intéresse tout particulièrement à l'histoire du domaine. Elle veut tout visiter avant de déguster un dîner dans la salle à manger donné en son honneur. Avant de terminer sa journée à Brissac, François de Cossé organise une tea party dans la salle dorée. Mais pas de thé pour la vieille dame, elle préfère la fraîcheur d'un bon champagne. Avant de retourner au château de Serrant où elle a posé ses valises, Queen Mum laisse un cadeau à ses hôtes, un portrait autographe d'elle-même. Par cette seule journée, Elizabeth Bowes-Lyon a marqué à jamais l'histoire de Brissac que le propriétaire aime dévoiler aux visiteurs en exposant quelques photographies de l'événement dans le salon doré.

Villandry, l’inspiration du prince Charles

Visite du prince charlesEn plus d’être un passionné d’architecture, le prince Charles est aussi un grand amoureux des jardins. Pour lui, la nature a une place de choix dans son cœur. Véritable écologiste avant l’heure, il apprécie grandement les jardins à la française. Ceux de Villandry, archétype du jardin renaissance, ont forcément attiré l’attention du prince écolo. C’est donc tout naturellement qu’il visite Villandry en 1992 lors d’un voyage privé. Au côté du propriétaire de l’époque Robert Carvallo, le prince Charles découvre avec émerveillement ce splendide jardin renommé. Il n'hésite pas à prendre le temps de discuter en français avec les jardiniers. Le prince de Galles garde toute sa vie un souvenir ému de sa visite, à tel point qu’il s’en inspire pour créer son propre jardin. Charles n’est pas seulement un passionné, il est un véritable artiste accompli. Dans son domaine de Highgrove, il crée un fabuleux jardin à l’image de son esprit poétique et rêveur en reprenant la triple terrasse et leurs quinconces de buis taillés de Villandry. Pour en savoir plus sur les jardins de Highgrove, je vous invite à lire cet article : Les fabuleux jardins de Highgrove House.


Les liens qui unissent la famille royale et les châteaux de la Loire sont anciens. Depuis la reine Victoria, les Windsor s’avèrent être de véritables francophiles. Amoureux de l’art de vivre à la française, ils apprécient tout particulièrement le patrimoine de l’Hexagone. Les châteaux de la Loire ont forcément attiré l’attention de la famille royale britannique. Et pour cause, la beauté de ces lieux a gagné l’admiration de chacun. Par leurs venues, la Loire a su retrouver ses heures royales d’antan.

 

K. Guillot

 

Mes remerciements les plus chaleureux aux domaines de Villandry, Chenonceau, Serrant, Blois, Candé, Chaumont-sur-Loire et d'Artigny pour l'aide qu'ils ont bien voulu m'apporter quant à la réalisation de cet article.

 

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Date de dernière mise à jour : 04/08/2020

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