Yousuf Karsh, au service de Sa Majesté

Nombreux sont les photographes qui mirent leur art au service de la famille royale britannique. Mais il en est un qui su se démarquer des autres. La raison ? Des portraits d’une extrême beauté qui eurent tous un succès sans précédent dans l’histoire photographique de la Maison Windsor. Yousuf Karsh sut marquer de son appareil photo l’histoire de la monarchie d’outre-Manche. Si nous pourrions penser à un potentiel concurrent, seul Cecil Beaton, photographe officiel britannique de la famille royale lors des grands événements de sa vie tel que le couronnement de la reine Elizabeth II, peut se mesurer à lui, malgré leurs styles différents. Je ne résiste pas à vous conter l’histoire de ces portraits d’exception qui restent à jamais inscris dans l’histoire internationale.

Karsh 297x300Mardin est une ville turque marquée par la forte présence d’une communauté arménienne chrétienne lorsque naît Yousuf Karsh en décembre 1908. Membre de cette communauté, la famille Karsh ne peut cependant continuer à y vivre. Le génocide arménien vient perturber son quotidien alors que Yousuf fête ses quinze ans. Obligée de quitter leur terre natale pour échapper à la barbarie du parti turc alors au pouvoir, les Karsh émigrent en Syrie. Le jeune Yousuf est ambitieux. Il ne peut rester dans ce pays d’accueil qui demeure pour lui sans avenir. Il part en 1924 au Canada rejoindre son oncle Georges Nakash, portraitiste renommé de la ville de Sherbrooke. Georges lui apprend les rudiments du métier de photographe. Yousuf est subjugué par cet art qui devient rapidement une passion. Pour perfectionner son apprentissage, Georges envoie son neveu à Boston auprès de John Garo, photographe à la mode de l’aristocratie et des plus grandes célébrités américaines de l’époque. Fort de son expérience, il revient au Canada en 1932 et ouvre son propre studio à Ottawa. Après des débuts en tant que photographe de scène, il met son carnet d’adresses composé pendant ses services auprès de Garo à contribution de sa réputation. Il se fait rapidement connaître comme le photographe de la haute société que compte le monde de cette époque. Sa renommée dépasse vite les frontières du Canada.

 

Mais en 1939 la Seconde guerre mondiale éclate. Karsh devient le photographe officiel des forces alliées. Sa mission : immortaliser les leaders alliés, ennemis des régimes fascistes. Il commence par réaliser le portrait du Premier Ministre Winston Churchill en 1941 durant sa visite d’Etat au Canada. L’histoire de la photographie la plus reproduite au monde est restée dans les annales. Le photographe souhaite que Churchill se sépare de son célèbre cigare, mais le Vieux Lion refuse. Bon gré mal gré, il retire de force le cigare de la bouche de l’aristocrate anglais. Furieux, il jette un regard noir en direction de Karsh. C’est ce regard, qui sera perçu comme celui du combattant qui ne recule devant rien pour abattre l’ennemi nazi, qui restera à jamais figé. Le portrait fait le tour du monde. Le point final à sa réputation de photographe talentueux est fait. De Gaulle, Eisenhower, Montgomery, Roosevelt, tous passent devant son objectif. L'oncle du prince Philip, Lord Louis Mountbatten, alors chef des opérations combinées chargé de mettre au point les stratégies militaires visant à la libération de l’Europe occidentale, fait logiquement partis des Alliés figés par Yousuf Karsh.

Lord Mountbatten par Yousuf Karsh

George VI ne fait pas exception. En 1943, il pose pour ce qui deviendra l’un de ses plus célèbres portraits. Tout en majesté, en position de vainqueur, le roi a le regard déterminé. Cette première photographie royale de Karsh plait tellement au souverain qu’il lui demande également de figer sur papier glacé son héritière. Elizabeth n’a que seize ans lorsqu’elle pose pour la première fois pour le photographe arménien. C’est le début d’une longue collaboration avec la jeune femme.

Deux ans après la fin de la guerre, Karsh est naturalisé canadien pour service rendu à la culture du pays. Il continue à magnifier les plus célèbres visages de la planète tout au long de sa longue carrière qui se termine en 1993. La famille royale britannique ne peut se passer de ses services. En 1951, c’est lui qui réalise l’une des plus célèbres photographies de celle qui n’est encore que princesse, Elizabeth. De dos, regardant par-dessus son épaule, et parée de quelques bijoux de la Couronne, Elizabeth s’impose comme une future reine. Il sera l’un des derniers portraits de la princesse puisqu’un an plus tard, George VI rend son dernier souffle et laisse le trône à Elizabeth II.

George VI par Yousuf Karsh

Devenue reine, Elizabeth n’a pas oublié le photographe. En 1966 et 1984, elle fait appel à ses services pour la réalisation de portraits officiels aux côtés de son mari et de ses corgis entre les murs de Buckingham. Ceux de 1966 sont particulièrement réussis puisqu’ils montrent une reine tout en majesté, sure d’elle-même après quatorze ans de règne, et confiante pour l’avenir après la naissance de ses quatre enfants. Trois ans plus tard, il retourne en Angleterre pour prendre une photographie familiale. Elizabeth et Philip posent entourés de leurs petits-enfants dans un salon de Balmoral. C’est la dernière photo réalisée pour le couple royal. Pourtant, au sein de la famille Windsor, ils ne furent pas les seuls à s’offrir ses services.

Elizabeth II et le prince Philip par Yousuf Karsh

Le couple royal par Yousuf Karsh

En chaque portrait, Karsh joue avec la lumière pour faire resplendir les visages qu’il capture. En cela, son travail est exceptionnel. En 1971, le prince de Galles fête ses vingt-trois ans, pour l’occasion le portraitiste canadien vient établir son portrait officiel. La même année, le duc et la duchesse de Windsor, qui souhaitent envers et contre tout préserver une vie sociale au sein du beau monde de l’époque, ne résistent pas à s’offrir des photographies de l’artiste le plus en vogue.

Le duc et la duchesse de Windsor, le prince Charles par Yousuf Karsh

Jusqu’à la fin de sa carrière, Yousuf Karsh demeura l’un des portraitistes royaux les plus demandés. Son travail reste dans les mémoires au point qu’aujourd’hui encore ses photographies sont souvent rééditées sous différents formats. Ainsi, ceux d’Elizabeth II ont été repris pour la création de billets canadiens, tandis que celui du prince Charles a été diffusé sous forme de timbre à l’occasion de ses soixante-dix ans. Un photographe de l’histoire en somme, qui restera dans l’histoire.

 

K. Guillot

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Date de dernière mise à jour : 21/06/2020

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